14.01.08

13. Ambiguitée

Quand j'étais petite, je m'imaginais pas forcement ce que j'allais faire plus tard. Les autres gamins, à l'école du coin de la rue, c'était toujours les mêmes rêves. «Chanteuse !» ou encore «Footballeur...» et parfois le plus ambitieux «Docteur m'dame!» . Et moi, c'était toujours « Je sais pas ... pas du tout! » . Alors, les maîtresses me regardaient bizarrement . Une enfant qui n'as pas de rêves? Mais ou ça la mèneras ?

Nulle part. Que je voulais leur répondre.

Alors, je sais pas, c'est sans doute parce que je n'ai jamais eu de grandes ambitions que je me suis retrouvée là. Là, c'est à dire, la ville. Oui, je suis comme ça moi, j'aime la ville ! Une maison ? Oh, j'en ai bien une mais c'est tellement plus passionnant de rester dehors avec des gens que j'aime... à l'adolescence, qui je pense n'est peut-être pas totalement achevée dans ma tête, ou bien est-ce l'enfance? on n'a pas cessé de me répéter que j'devrais travailler pour réussir car la vie n'était pas fondée sur une utopie mais bien fondée sur une chose dur, très dur et compliquée, oh si compliqué. Hors, les personnes qui me disaient ça à longueur de journée étaient bien installés au chaud dans leurs fauteuils moelleux, la tasse de café à coté, dans leurs bureaux miteux qu'ils décoraient avec des photographies de chevaux sur la plage. Ils pensaient à leur payes exorbitantes pour la fin du mois. C'est bien simple, ils me dégoûtaient ces chiens.

                                                            Mais t'aurais fait quoi toi ?

Bon, Alice ne vas pas tarder, j'attends donc avec impatience le moment de me jeter dans ses bras tendre, sentir sa douce chevelure effleurer ma joue. En attendant je reste là, assise en tailleur, rêveuse.

                                                            Toujours?

J'suis pas sensible au regard des gens. Ces personnes. Et la foule autour de moi ; j'y suis habituée. Pas commune, je suis. Originale, excentrique, pas normale certains osent affirmer. La normalité existe-t-elle ? Culture différente, vêtements différents, façon de voir différente, habitudes différentes, et ça y est nous sommes des bêtes de foires. Cirque ! Leurs regards amusé, ou leur mépris coulent sur moi et finissent dans ces putains de caniveaux. J'ai grand plaisir à me dire que rien ne m'atteins, même si au fond ça n'est pas le cas. En surface, je me fous de tout ça car j'ai des personnes sur qui compter et qui me comprennent parce qu'ils vivent la même chose au quotidien. Ces personnes, qui peuvent me lâcher à tout moment, je profite d'elles et de leurs présence si précieuse un maximum. Peut-être que ce sont de véritables amis après tout? Pourquoi, pourquoi pas?

Ma cigarette arrive à sa fin et je passe une main dans mes cheveux à ras. J'ai été prise d'une envie furibonde l'autre soir, mes longs cheveux bruns m'exaspérait alors j'ai tout rasé avec l'aide de Corentin. Finalement, c'est pas plus mal, les gens me prennent pour un gars, pourtant j'ai bien les traits féminins et ma poitrine n'est pas des plus plates... Être androgyne, ça me plait bien . Je prend ma guitare et opte pour un morceau très doux. Mes doigts glissent sur le manche, que j'aime ça. P'tetre une passion. Enfin, après une attente toute en mélodie, Alice la candide arrive accompagnée de Charles, Lilas et Tam' (on a jamais su son vrai prénom) . « Ou est Corentin? » que je demande. Il t'attend. Il t'attend. Coretin m'attend. Pour de vrai? Je vous dis, Corentin et moi ... C'est froid, mais c'est beau, c'est torride mais c'est violent. C'est Corentin et moi . A peine le temps de déposer un doux baiser sur les joues de chacun, me voilà repartie. Mes Rangers cogne sur l'asphalte, je marche vite, je ressens déjà dans mon cœur une angoisse évidente. Je serre le poing, comme prête pour la bataille, mais cette bataille là sera plus passionnée tout de même.

Il t'attend, il voulait te parler.

Il est au hangar. Il va pas bien.

Tu devrais te pressée, il voulait

vraiment te parler, Anne.

Lilas a prononcé ces mots. D'un coup. Lilas, le charme en personne, romantique et noire, le coté obscure de l'amour. Des corsets, de la dentelle, des voiles, elle porte son cœur en cage. Ou est-ce Charles, son feu sa flamme qui le lui portes? Charles, cet âme en perdition beaucoup trop sensible pour un seul homme, petit Charles, petite lueur au bout du chemin triste de Lilas... Les anges. I wish I had a angel, Nightwish. Je les envies. Sur ma route mon regard se perd mais j'atteint enfin ma destination finale. Le hangar, lieu de nos soirées folles, de nos nuits de débauche et de nos journées trop lasses, de notre vie.

J'y entre doucement, il fait froid et ma courte jupe écossaise ne fera sûrement pas l'affaire. Puis je l'appercois. Oh ... Why is he so charming? Je m'cogne au mur mais tant pis, c'est lui que je veux, rien que sa haute silhouette masculine et son air de gamin abandonné me fait frissonné de mes petits pieds jusqu'au sommet de mon crâne . Si laid. Comment peut-il ... Corentin ! On ne se dit pas bonjour. On ne s'embrasse pas. On s'entretue, on se dévore. Des yeux, mais pas que de ça. Percutant, c'est-ce qu'il est, touchante, c'est-ce qu'il pense que je suis. Mais je ne suis rien. Un robot, une machine. Coin-Operated boy (girl?), Dresden dolls. Puis c'est un torrent de mots, il est toujours comme ça Corentin, mélangeant des choses, le mutisme puis la vallée de ces mots, de ses mots, et moi j'aime ça car il bouche mes trous à moi qui ne sais pas parler, jamais. Il raconte qu'il ne se sens pas, plus, qu'il a besoin de moi et que je ne suis surement pas la femme de sa vie, mais la femme tout court. Moi, je serre encore plus les poings. Et les yeux. Et le cœur, en dernier. Je voudrais le cadenassé, ce putain de cœur. Va crever!

C'est sur de moi, surtout sur lui que je suis

Près de son souffle, je sens l'acide l'asphalte

Près de sa main, je sens le sang mais sans...

lui

Là, là, ne pleure plus mon petit, Maman est là ... Le prendre contre mon sein, s'allonger sur le vieux canapé défoncé, l'embrasser dans le cou mais il m'énerve! Calme toi, Corentin, je t'ordonne de te calmer, je suis Dieu, je suis Anne. Fais moi l'amour. Il le fait. Griffe moi. Il le fait. Anne? Je suis là. Il me grimpe dessus, me souffle dans le cou, m'enlève mes porte-jarretelles mes résilles, ma dentelle de culotte, doucement pas doucement, ses longues mains blanches me caressent puis violemment me pénètrent, c'est bon c'est cru, pas un sourire, des cris, c'est Corentin mais c'est moi, lui ou moi. Closer, Nine inch nails. Froid, bouillant, tout à la fois c'est un maelstrom d'émotions qui nous submerge et voilà, on se déversent l'un dans l'autre, n'est-ce pas beau ? Il lâche tout. C'était bon. L'un contre l'autre, reste encore, je t'aime, plus loin. On s'endors

Je m'endors... J'suis pas ce qu'il faut etre,

Je, ne m'enviez pas. Haissez-moi.

Posté par Blaspheme à 19:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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